Saisir l'instant ou le défi des impressionnistes

amphithéatre

Impressionnisme (1870-1900), tel était le thème de la journée d'étude du 7 mars 2019 tenue aux Champs libres à laquelle pouvait assister toute personne, adhérente ou non de l'UTL qui avait pris la précaution de s'inscrire.

Cinq intervenant(e)s se sont succédé au cours de cette journée dont la programmation était originale à plus d'un titre : d'une part, la période balayée débordait largement les dates souvent retenues des premier et dernier salons impressionnistes, 1874 et 1886 ; d'autre part, et même si la peinture a eu la part belle le matin, les relations de l'impressionnisme avec l'architecture, la science et la musique ont ouvert des horizons plus rarement abordés.

Les deux conférencières de la matinée Estelle Guille des Buttes-Fresneau et Jacqueline Duroc nous ont rappelé que l'impressionnisme ou, plutôt, les impressionnismes, avaient été une réaction à l'académisme officiel se traduisant par la volonté de sortir des ateliers, une soif de réalisme passant par un retour à la nature, un désir de saisir l'instant (d'où les séries sur un même "non-sujet") et une manière privilégiant les lignes horizontales et verticales, autant de voies d'ouverture à la modernité. Les progrès techniques ont servi cette évolution ainsi que l'a montré Roger Cudennec l'après-midi : la photographie en dessaisissant la peinture de son monopole dans l'art du portrait et de la nature morte a invité les peintres à déserter leurs ateliers ; la mise à leur disposition de tubes de peinture prêts à l'emploi et aisément transportables ainsi que le développement du réseau ferré leur ont rendu rapidement accessibles les environs de Paris, la Normandie et la Bretagne avant le Midi.

En projetant sur grand écran de nombreuses œuvres qu'elles ont analysées, les deux conférencières ont donné à chacun des clés de lecture des toiles de peintres parmi les plus connus — Pissarro, Renoir ou Monet — ou moins connus— Maxime Maufra, Henry Moret, Gustave Loiseau ou l'Américaine Mary Cassat, exposés en leur temps par le galeriste Paul Durand-Ruel et qui le seront au musée de Pont-Aven de juin 2019 à janvier 2020, juste retour de l'attachement de nombre d'entre eux à la Bretagne.

Armelle Salaun a ouvert l'après-midi autour de l'architecture, reflet des mutations économiques, sociales et artistiques particulièrement importantes dans un XIXe siècle d'innovations, de progrès techniques, de prise de conscience du patrimoine, de grandes manifestations internationales où art et industrie se conjuguent, où architecte et ingénieur collaborent. Dans les réalisations, le verre côtoie le fer et la fonte, la pierre reste le matériau noble, la brique se décline en couleurs, l'inspiration mauresque est souvent présente dans les formes ou la décoration. Au nombre des réalisations, la gare d'Orsay ou le palais du Trocadéro, la tour Eiffel, les grands magasins (Samaritaine…). L'Art nouveau triomphe dans les années 1900 avec Hector Guimard (Castel Béranger, Paris) ou Victor Horta en Belgique.

C'est en musique que cette journée a pris fin : Guillaume Kosmicki nous a montré comment, à l'instar du mouvement pictural, une musique de combat et d'urgence avait éclos entre 1890 et 1914. Au nombre des compositeurs considérés comme impressionnistes par la presse : Claude Debussy, Maurice Ravel, Erik Satie, Gabriel Fauré mais aussi Paul Dukas ou Albeñiz. Ils partagent avec les peintres la notion d'insaissisabilité de l'instant et les thèmes liés à la nature : vent, brouillard, eau, neige… Après le Prélude à l'après-midi d'un faune, quelques Jeux d'eaux, et Gymnopédies, d'autres couleurs musicales encore, le Requiem de Fauré a clos cette journée.

À noter :

L'impressionnisme d'après Pont-Aven, exposition au musée de Pont-Aven du 29 juin 2019 au 5 janvier 2020.